Petite Marie de Francis Cabrel repose sur un enchaînement d’accords qui paraît simple sur le papier, mais dont le rendu dépend presque entièrement de la main droite. La tonalité, le placement du capodastre et le choix entre positions ouvertes ou barrées changent radicalement le caractère du morceau. Cet article compare les principales options pour chaque section du titre et détaille ce qui sépare une version scolaire d’une version fidèle à l’original.
Tonalité et capodastre : le premier choix qui conditionne tout le reste
La version studio de Petite Marie est jouée en Si mineur. Deux approches coexistent selon le niveau du guitariste et le confort recherché.
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| Approche | Capodastre | Tonalité réelle | Accords utilisés | Difficulté main gauche |
|---|---|---|---|---|
| Sans capodastre | Aucun | Si mineur | Bm, Em, A7, F#, G, D | Élevée (barrés fréquents) |
| Capodastre case 2 | Case 2 | Si mineur (transposé) | Am, Dm, G7, E, F, C | Modérée (positions ouvertes) |
La version sans capodastre impose un Bm barré dès la première mesure et un F# qui revient à chaque fin de phrase. Pour un guitariste à l’aise avec les barrés, c’est la voie la plus directe vers la couleur de l’original.
Avec un capodastre en case 2, on retrouve la même tonalité réelle mais avec des positions ouvertes plus accessibles. Le timbre change légèrement : les cordes raccourcies par le capodastre sonnent un peu plus brillantes, ce qui éloigne du grain chaud de l’enregistrement de Cabrel.
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Accords de Petite Marie : positions précises pour chaque section
Le morceau se découpe en quatre parties distinctes (intro, couplet, refrain, pont), chacune avec ses propres accords et ses propres pièges.
Intro et couplets
L’intro utilise la séquence Bm – A – D – Bm – G – A – F# – Bm. Les couplets reprennent un cycle plus resserré : Em, A7, Bm, puis Em, F# et retour sur Bm. Le passage Bm vers Bsus2 en fin de phrase est un détail que beaucoup de grilles simplifiées omettent.
Le Bsus2 s’obtient en relâchant simplement l’annulaire du Bm barré standard. Ce micro-mouvement crée une ouverture harmonique caractéristique du style Cabrel. Sans lui, la fin de chaque phrase de couplet sonne plate.
Refrain
Le refrain passe sur G – A – Bm, puis G – A – F#m, avant de conclure par G – A – Bm – F# – D – E. La transition vers F#m au milieu du refrain est le point de bascule émotionnel du morceau. C’est un accord mineur barré en case 2, avec le petit doigt qui doit rester disponible pour la suite.
Pont
Le pont (la partie instrumentale entre les reprises) intègre des accords qui ne figurent nulle part ailleurs dans le morceau. Cette section demande une attention particulière aux transitions rapides, notamment entre les positions hautes et basses du manche.
Main droite folk : la pompe alternée qui fait la signature sonore
Reproduire les accords sans travailler la main droite revient à lire un poème sans intonation. Cabrel utilise une alternance basse-aigus légèrement swingée, typique du jeu folk français, que les formations en ligne récentes qualifient de « pompe main droite ».
Le principe repose sur trois éléments :
- Le pouce frappe la note basse de l’accord sur le temps fort (corde de Mi grave ou La selon l’accord), puis les doigts (index, majeur, annulaire) attaquent les cordes aiguës en léger décalage
- Le swing vient d’un retard infime sur le contretemps, pas d’un changement de rythme : la régularité du pouce reste le socle, et les doigts « traînent » à peine
- Sur les passages en arpèges (intro notamment), le pouce alterne entre deux cordes basses tandis que les doigts déroulent les notes aiguës une par une, en fingerpicking classique
Cette technique mélange arpège et strumming partiel selon les sections. Les couplets privilégient l’arpège, le refrain bascule vers un jeu plus rythmique avec les accords plaqués. Le passage de l’arpège aux accords ouverts entre couplet et refrain est la transition la plus délicate du morceau.

Erreurs fréquentes sur les positions de doigts
Trois problèmes reviennent systématiquement quand on travaille ce titre.
Le Bm barré mal positionné génère un buzz sur la corde de Si. La pression de l’index doit se concentrer sur le bord extérieur du doigt, pas sur la partie charnue. Incliner légèrement le doigt vers la tête de la guitare supprime la plupart des parasites.
Le F# (ou Fa# majeur) est souvent simplifié en F#m par les débutants, ce qui modifie la couleur harmonique de l’intro et des transitions. Le F# majeur barré en case 2 avec forme de Mi est la position correcte. Substituer un mineur par commodité affadit le contraste entre les phrases.
La vitesse de changement entre Em et A7 pose problème dans les couplets. Ces deux accords s’enchaînent sur une mesure courte. Garder l’index comme pivot (il reste en place sur la case 1 de la corde de Sol pour le A7, proche de sa position sur Em) accélère la transition.
Adapter Petite Marie à la guitare sans dénaturer le morceau
Le fingerpicking demandé par ce titre le place à un niveau confirmé. Pour les guitaristes qui ne maîtrisent pas encore cette technique, jouer l’intégralité au médiator en arpèges descendants reste une alternative cohérente, à condition de conserver la dynamique douce des couplets.
- Remplacer le fingerpicking par du hybrid picking (médiator + majeur) permet de garder la précision des basses tout en simplifiant les aigus
- Baisser le tempo d’un cran pendant l’apprentissage aide à intégrer le swing naturel plutôt que de plaquer un rythme mécanique
- Enregistrer sa version et la comparer à l’original révèle immédiatement les écarts de dynamique, souvent plus flagrants que les erreurs d’accords
Les reprises de Cabrel diffusées en ligne (YouTube, réseaux sociaux) sont par ailleurs soumises à déclaration auprès de la SACEM dès lors qu’elles sont publiques et monétisées. Ce point administratif, rarement mentionné dans les fiches d’accords, concerne aussi les prestations scéniques, même pour des cachets modestes.
Le son de Petite Marie tient moins aux accords eux-mêmes qu’à la façon dont la main droite les anime. Travailler le Bsus2 en fin de phrase, soigner le swing de la pompe folk et respecter le F# majeur là où beaucoup glissent un mineur par facilité : ces trois points séparent une reprise banale d’une version qui rappelle vraiment l’original.

